Verdict : L'Elite de Brooklyn

Publié le par Kilgore

 >> L’Elite de Brooklyn, d’Antoine Fuqua, sortie le 5 mai (4,5/10)

 

On doit tout de même à Antoine Fuqua, bien qu’il n’ait pas réalisé que des chefs-d’œuvres loin s’en faut, l’insurpassable (pour son réal en tout cas) Training Day, grosse claque en 2001 et référence du film noir moderne. C’est sans doute pour cela que je continue de me fader ses films, y compris ce dernier opus, polar de 2008 qui a mis un peu de temps à émerger des limbes. Notez, récemment The Hurt Locker aussi a mis du temps à sortir, un tel délai n’est donc pas systématiquement mauvais signe, mais disons que le film de Kathryn Bigelow est plutôt l’exception que la règle.

 

Pour en revenir à L’Elite de Brooklyn et pour faire court, c’est pas grandiose, malheureusement (j'espérais...), quand bien même cela se voudrait ample et âpre, et malgré quelques scènes ou plans plus inspirés. Ces trois histoires croisées censées se faire écho/se compléter à la manière d'un rétable (il est bien question de salut), avant de se rejoindre tardivement en un final qui se pose en climax émotionnel de tragédie policière (il serait malhonnête de dire qu'il  y échoue totalement) sont terriblement déjà-vues, se tissent de façon à la fois languissante et convenue voire un peu artificielle, en fin de compte. Il eût mieux valu en réussir une qu’en semi-rater trois, qui coexistent plus qu'elles ne s'imbriquent (cela dit, c'est une approche qui aurait pu prendre, à rebours des films "malins"). 

Avec quelques têtes d'affiche sur le retour (Gere, Snipes) qu'on n'est pas mécontent de revoir dans ce cadre et un casting robuste, certains diront qu’on aurait pu espérer mieux, qu'il y avait mieux à faire, d’autres que de toute façon ce genre de film pluriel (cf par exemple l’indigeste Collision, inexplicable oscar 2006, joli lobbying de la prod en tout cas) accouche trop souvent d’une souris – il y a quand même quelques contre-exemples à opposer. Le problème, ici, est avant tout celui de l’inspiration : tout est d’importation. Pas des mauvaises références, pourtant. Les projects, leurs trafics évoquent un The Wire transplanté à Brooklyn (avec présence au générique, pour les initiés, d’Omar, du sénateur Clay Davis, et même de Wee-Bey, manque plus que Bubbles et McNulty…), mais la comparaison n’est évidemment pas à l’avantage du film, pataud, ensuqué dans un scénario qui au fond n’a pas grand chose à dire à part que vraiment, c’est bien malheureux d’être flic, et puis la vie c'est dur quand même, quand la série d’HBO développait sur plus de soixante heures toutes ses ramifications jusqu’à produire un monumental roman noir de l’Amérique… On me dira qu’il est difficile de comparer un film de deux heures et une série s'étalant sur cinq saisons, soit, j’en conviens, mais les références sont là, et deux épisodes de The Wire me semblent offrir plus de substance. Staten Island, sorti chez nous en 2009 sous le titre pas trop lamentable – une fois n’est pas coutume – de Little NY, avec deux acteurs ici présents dès les premières secondes (Hawke et D’Onofrio, copains comme cochons dans la vie) et trois histoires infiniment mieux entrelacées, était supérieur dans le genre. Probablement parce qu’il savait varier les registres, et n’avait qu’une ambition limitée ; il était aussi l’œuvre d’un « vrai » scénariste (no offense, mais ici ça sent son premier scénar’, et le producteur qui n’a pas assez cadré son auteur, ne l'a pas aidé à tailler dans le gras).

 

On pourrait égréner les emprunts aux classiques du genre, piqués au revers de la pellicule, de-ci, de-là. Disons juste que tout y passe niveau stéréotypes, du flic infiltré qui-veut-qu'on-lui-rende-sa-vie-putain-mais-qui-sait-plus-où-il-en-est-et-refuse-de-faire-tomber-son-pote-voyou-du-ghetto-qui-lui-a-trop-sauvé-la-vie-autrefois-et-sort-à-peine-de-zonzon (j'arrête les tirets c'est aussi chiant à lire qu'à mettre), au vieux de la vieille qui a perdu son honneur mais va immanquablement se voir offrir une chance de rédemption (et puis évidemment il est amoureux d'une pute, sauf - variation sur le thème - qu'elle est trop jeune pour lui, mais passons, la fille est jolie à regarder, Gere est irréprochable, et cet élément est décisif dans le parcours du personnage, le plus intéressant et touchant des trois, avec en point d'orgue la rédemption attendue, excellement menée), en passant par le condé au bout du rouleau qui, bien que fondamentalement honnête, vire ripou pour nourrir ses trente-deux moucherons (Hawke excelle dans ce registre, mais il ferait bien d’en changer un peu, avec Little NY et le Sydney Lumet, ça commence à faire beaucoup en peu de temps, dans le genre « au pied du mur »)...

 

Bref, ce n'est pas que ce soit mauvais, seulement le film, sans surprises, ne décolle jamais, et souffre d'un rythme un peu mollasson, fin exceptée. Pourtant au détour de quelques plans, de quelques scènes, plus intenses, mieux senties, on se prend parfois à espérer (un bon condensé, en somme, de la carrière du réal), mais cet espoir se nourrit surtout du désir de retrouver l'impact effarant de Training Day, quand Jake (Ethan Hawke, déjà lui) réalisait (et le spectateur avec) que l'autre enfoiré d'Alonzo Harris venait juste de le lâcher en loucedé au milieu des fauves. Au final, j’ai surtout envie de le revoir, ce Fuqua cuvée 2001 ; et je reste persuadé que le bonhomme est capable de nous refaire le coup, lui manque juste le bon script - c'est ça, de ne pas être un auteur.

 

P.S. : un post entier sans jeu de mots sur Fuqua, je pensais pas que j'y arriverai... 

 

 

 
        
  

Publié dans Verdict

Commenter cet article

Apone 28/04/2010 23:43


Mince... Ça m'embête car je l'attendais avec une certaine impatience, ce film...