Preview : Captifs

Publié le par Kilgore

>> Captifs, de Yann Gozlan, sortie le 6 octobre [6/10] :

 

Prélude…

s’il est quelque chose qui lasse plus vite encore que l’incroyable propension des critiques à encenser des films quelconques au prétexte qu’ils sont français (moins pour rendre service aux copains que pour se rendre service, en réalité), c’est une certaine tendance, inverse, populaire et ignare,  à débiner systématiquement le cinéma français parce qu’il est français, par principe, et sa variante « savante » (à supposer que les critiques le soient), qui consiste à le défoncer lorsqu’il se frotte à certains "films de genre",  particulièrement lorsque le genre en question n’a jamais (malgré quelques brillants contre-exemples) réussi à prendre complètement en France, ou plutôt que les USA ou l’Asie semblent avoir fait main basse sur le créneau depuis un moment (là-aussi, les contre-exemples existent, j'en suis conscient, hein). L’an passé, la tentative zombiesque semi-échouée de Dahan et Rocher avec La Horde avait rencontré ce genre de mépris de la part de quelques-uns, et par conséquent gagné mon estime.

 

On souhaite qu’il n’en soit pas de même avec le plus abouti-mais-c'est-pas-encore-pas-tout-à-fait-ça Captifs, survival réaliste et assez heureusement minimaliste, qui évolue sur le fil pendant un moment, entre tension au couteau et imperfections préjudiciables, pour sur la fin retomber un peu du mauvais côté de la tartine (ce qui n'est pas évident à se représenter comme image, je vous l'accorde : un film qui évolue sur un fil avant de se transformer en tartine qui retombe un peu côté confiture mais pas complètement... ceci dit on notera que j'ai pensé au couteau pour étaler. Bref, c'est ça d'enfiler des clichés langagiers).

Sincèrement, je rends hommage au réalisateur et à la prod’ qui a offert à ce jeune cinéaste de se lancer dans l’entreprise, parce qu’il était dès le départ évident qu’ils s’exposent à se faire tailler par les autres narquois. Harry Cleven (belge... donc on va dire qu'il sera bientôt français), dont le pourtant magnétique Trouble (remarquable thriller de 2003 lorgnant vers le fantastique) avait fini dans la cuvette de certains critiques, s’en souvient encore - et moi aussi, puisque ça m'est revenu, là.

 

Captifs, donc…

…c’est un pitch ultra-efficace, paraît-il inspiré de faits réels (pas parvenu à savoir ce que recouvrait  exactement cette qualification, mais c’est effectivement plausible), et une économie de moyens habile et appréciable  (conséquence directe du budget, diront certains, mais l'option esthétique est patente) ; intrigue qu’on ne déflore pas vraiment (c’est presque explicite dans la BA, mais bon je préviens quand même qu’il y a risque de spoilers juste après cette parenthèse) en vous indiquant que les humanitaires captifs en question sont encagés par des trafiquants d’organes vaguement serbes et très précisément indifférents à la convention de Genève.

Du point de vue de la tension, la première heure du film est excellemment réussie, angoissante, lugubre, assez atroce même, et le processus d’identification tourne à plein régime, servi par des mouvements de caméra ou des effets sonores « subjectifs » un peu appuyés, mais efficaces (gros travail sur le son, la focalisation interne). Alors certes, la direction d’acteurs n’est déjà pas irréprochable, certains dialogues sonnent moins justes que d'autres (la réalité sonne-t-elle toujours juste ?), cependant le cocktail déglingos yougos en cagoules d’épouvantail + cages à lapins + chirurgien à face de carême + chiens méchants + trauma infantile + perspective de finir en banque d’organes au prochain coup de fil, rien à redire, ça vous mettrait sous tension un bonze planant sous LSD, avec en sus une réal’ qui joue adroitement des cadrages et du décor pour dissimuler/montrer, et distiller une peur primale. La fin fait mal, il faut bien l’avouer, de même souvent (mais pas toujours) que les efforts de caractérisation des personnages ou de mise en scène de la résilience/rédemption de la zolie héroïne en débardeur (Zoé Félix, qui le porte divinement bien), et l’on se dit qu’en évitant ou révisant plus profondément quelques poncifs et figures imposées (promenons nous dans les bois/champs de blé, pendant que le loup y est), avec cette qualité de facture, cette violence sale et dérangeante, on eut pu obtenir mieux, une  petite référence, comme Nid de Guêpes ou éventuellement Haute Tension ont su le devenir dans leurs genres (Yann Gozlan est peut-être un type à suivre, il a fait de bons choix, et c’est son premier long - encore du chemin jusqu’à rejoindre maître Polanski, qu'il cite en exemple, mais il y a pire comme modèle -, cependant on salive à l’idée de ce qu’un Aja ou un Emilio-Siri auraient fait de cette histoire). Ce ne sera sans doute pas le cas, même si certaines scènes sont absolument irréprochables, et même marquantes (Ah, Marica...). Toutefois pour l’équipe de Sombrero films, qui s’applique à fonder une collection de films de genre (pour l’instant Mutants et Vertige), c’est un pas significatif vers le début du commencement des prémices de l’accomplissement de leur ambition.

Honneur soit donc rendu à ceux qui se sont lancés dans l’aventure, sachant à quel point cela peut se révéler casse-gueule niveau entrées. 6/10, il s'en trouvera pour dire que c'est généreux, mais il faut savoir se montrer généreux avec ceux qui ont été ingénieusement économes.

 

 
 

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