A venir en 2010...

Publié le par Kilgore

En guise de preview, voici quelques micro-critiques de films qui vont sortir dans les semaines et mois à venir en France, juste pour donner une idée de ce qu'il faut en attendre : 

>>
A Serious man (8,5/10)
Le nouveau film des frères Coen, sensiblement différent des précédents mais archi-coenien tout de même (cet art consommé de l'absurde), débarquera en janvier tout auréolé d'une réputation flatteuse... et méritée : vif, profond, déconcertant voire extravagant, virtuose, corrosif et désopilant, avec son réjouissant casting de quasi-inconnus (du grand public), et une improbable scène d'ouverture en yiddish qui s'inscrit d'ores et déjà dans le panthéon des scènes cultes des frérots. Cela étant dit, il y a un certain snobisme intellectuel à décréter que c'est leur "meilleur" comme j'ai pu l'entendre dire, à le figer parmi les étoiles sur la mappe céleste en s'inventant une maîtrise absolue, alors que tout l'intérêt de la comète "hébraïcomique" est de se faire délicieusement fuyante, de virevolter comme pour mieux suivre les mouvements de pensée des deux esprits les mieux faits du cinéma US, seuls maîtres à bord.



>> Blindés (1/10)
Autant le dire franco, depuis que j'ai vu ce film, je suis un peu inquiet pour le prochain Predators, son réalisateur Nimrod Antal étant en effet aux commandes du projet, heureusement chaperonné par Robert Rodriguez (l'espoir subsiste). Aux dires de certains, l'Américano-Hongrois est capable du meilleur (Kontroll, pas vu), mais là franchement, c'est consternant. Aucun rythme, des acteurs fatigués, une intrigue d'une faiblesse insigne, bref, là où on aurait pu espérer une bonne série B nerveuse, on se trouve face à un nanar qui est au genre fameux de la "combine de bras cassés qui vire au cauchemar" ce que le Beowulf de Lambert est à l'heroic fantasy, soit un tas de boue qui eût péniblement mérité une sortie DVD.



>> Tsar (6,5/10)
Nouveau film de Pavel Lounguine, Tsar est sans doute moins réussi que son précédent (L'Île, un sommet), avec lequel il forme plus ou moins un dyptique du point de vue mystico-orthodoxe, même si la richesse de son imagerie contraste avec ce dernier, nettement plus épuré (l'idée de faire un film sur Ivan le Terrible est d'ailleurs venue à Lounguine pendant le tournage d'une scène de L'Île, en contemplant le visage "médiéval" de son acteur fétiche Piotr Mamonov). Plus irrégulier, moins abouti, il recèle néanmoins quelques passages sensationnels qui peuvent évoquer  Aguirre, et reste un objet puissamment intéressant, qui résonne singulièrement dans le contexte poutinien - le film a subi les attaques des néo-fascistes locaux, qui apprécient peu qu'on égratigne le mythe d'Ivan. Pour vous situer le réalisateur, un des trop rares esprits libre de son pays, le nom de Staline le fait salement bégayer en interview (et ça, on apprécie). Autre anecdote, la photo du film est signée Tom Stern, le chef op' de Clint Eastwood. Faut bien ça pour se mesurer à Eisenstein, et explorer ce que le maître avait choisi de ne pas montrer, la psychologie chaotique du premier des tsars.



>> Les Chèvres du Pentagone (7,5/10)
En dépit d'un titre en VF qui risque fortement de nuire à sa carrière, ce premier long de Grant Heslov narre une histoire si absurde qu'elle en est irrésistible. Souvent hilarant, le film permet surtout à ses acteurs de livrer quelques numéros comiques d'anthologie, Big Lebowski style. Vivement recommandé à ceux qui se sont gondolés devant Burn After Reading, et pas aux grincheux qui n'y ont vu qu'une indigne décontraction de l'esprit. C'est qu'il y a ici une excentricité toute coenienne, et pas seulement parce que Clooney ou Bridges tiennent les premiers rôles.



>> Fantastic Mr. Fox (8,5/10)
Avant de voir ce film, je n'aimais pas le cinéma de Wes Anderson (j'avais interrompu La Vie aquatique au bout d'un quart d'heure, c'est dire si j'étais allergique). Mais là, chapeau bas, réussite sur toute la ligne. Visuellement comme dans l'écriture, ce film d'animation est un bijou de finesse, et le casting vocal en or massif donne comme rarement vie aux personnages de la fable. Du coup, j'ai revu du Wes Anderson, et, pire, j'ai aimé. Au final, voilà peut-être un film si réussi qu'il donne aux sceptiques les clés pour apprécier enfin le talent de son auteur.

 

 


>> White Lightnin' (8,5/10) :
Un ovni, cru, violent. Une plongée hallucinée dans l'esprit d'un cinglé magnifique, grandiose et dérisoire. Un premier film. Une claque. A ne pas mettre sous tous les yeux, pour sûr, mais ceux qui auront la curiosité de s'y frotter ne le regretteront pas.



>> Une éducation (5,5/10) : 
On me l'avait un peu survendu, n'empêche que ce récit d'apprentissage version 60s d'une jeune fille anglaise se laisse regarder avec plaisir, malgré son relatif classicisme. Servi par l'excellent Peter Sarsgaard et un casting irréprochable dans son ensemble, on y remarque surtout celle que la presse anglo-saxonne annonce comme une future grande, Carey Mulligan, mignonne frimousse aux faux airs de Katie Holmes, profondément charmante en jeune fille en fleur.



>> A Single man (7,5/10)
Le sujet ne me branchait pas, et les créations habituelles de Tom Ford ne font pas vraiment partie de mes centres d'intérêts, mais il était question que je m'occupe des interviews, donc j'y suis allé. Sans regrets, tant A Single man s'est révélé être une véritable et sensuelle expérience de cinéma (oui, même pour des hétéros, sauf ceux qui trouvent que ça fait déjà homo d'admirer le David de Michel-Ange...). Très esthétisant (hé, Ford c'est un styliste), le film est assez hypnotique, beau, plutôt fort, touchant, remarquablement habile et suave, et se propose un peu comme une alternative gay et occidentale aux films de Wong Kar-Waï. Colin Firth y joue enfin un rôle intéressant, dans lequel il est absolument impeccable. Bref, quand un très bon chef op' embauché pour épauler une célébrité inexpérimentée rencontre dans son envie d'épate (c'est qu'il a moins la bride sur le cou que d'ordinaire) les aspirations un néo-réalisateur qui veut tout prouver du premier coup, et a probablement pour référence esthétique quelques pubs stylisées pour parfums... hé ben contrairement à ce qu'on aurait pu craindre, c'est pas mal du tout, même s'ils se font plaisir, et nous présentent un peu toute la gamme des effets. Au final, je comprends mieux pourquoi ce film est lui aussi précédé de rumeurs élogieuses, auxquelles je mêle volontiers ma voix - c'était pas gagné.



>> Moon (8,5/10) :
La première réalisation du fils de David Bowie est une réussite incontestable (bon sang ne saurait mentir, même si le fiston n'apprécie que modérément qu'on lui pose des questions sur son génie de paternel). On n'est ni chez Tarkovsky, ni chez Kubrick, vers lesquels Moon lorgne explicitement (ici le cousin de HAL se compose une tête de smileys et cause avec la voix de Kevin Spacey), mais il y a dans ce film quelque chose de puissant, de profondément troublant, et une majesté visuelle étonnante pour un "petit" film (j'ai lu sur IMDb 5 millions de $ de budget de prod... si c'est vrai c'est presque impensable d'arriver à un résultat aussi léché avec si peu). On ne révèlera rien pour ne pas gâter le plaisir, toujours est-il que la mise en images du phénomène qui s'y laisse observer est fascinante, de par son approche, son traitement et son ambition. Hautement recommandé, donc.




>>
Pas mal de premiers films, je me rends compte. J'arrête là pour le moment, et garde le reste sous le coude pour la suite - rien ne presse.


Publié dans Preview

Commenter cet article

Apone 13/01/2010 21:27


Sur Nimrod Antal, je confirme: "Kontroll", c'est 'achement bien (http://www.youtube.com/watch?v=nJQnWCPMrII). Une plongée hallucinée au cœur du métro de Budapest, une galerie de personnages sous
acide, une succession de scènes cultes... bref, à recommander sans modération. "Motel", son second film, est déjà beaucoup plus basique. Mais bon, si ce n'est pas du McTiernan, ça demeure de la
série B de papa assez efficace.

Quant à "Predators"... je ne peux m'empêcher de me rappeler qu'avant "Planète Terreur" (le seul "vrai" film Grindhouse du diptyque, jouissif et barbare - en clair pas du patchwork bis nombriliste
et verbeux qui fait "vroum vroum", au hasard), le toujours sympathique Roberto nous avait quand même infligé coup sur coup "Les Aventures de Shark Boy et Lava Girl", "Sin City" (oui, j'aime pas) et
son catastrophique "Once Upon a Time in Mexico".
Pas de quoi être totalement rassuré non plus.


Kilgore 13/01/2010 22:53


C'est vrai que cette énumération peut faire frémir (enfin moi j'aime bien Sin City). D'autant que Rodriguez aurait déclaré que c'est Blindés qui l'a convaincu d'embaucher Antal
(on a vu le même film ?)... Méfiance... Si Rodriguez finit par manger son chapeau, vu la taille du machin, il va morfler.